Février 1986

Le mois de Février s’ouvrait sur une note de tension extrême. Au lendemain du Sabbat, une série d’attentats plongea l’Europe dans la terreur et la paranoïa. Le terrorisme islamiste fut pointé du doigt. En sous main les Aes Sidhes y voyaient eux la marque des sociétés secrètes hostiles au Sidhes. Il était trop tôt encore pour déclarer un coupable, mais les événements de Imbolc au domaine de Frémont braquaient les regards vers les trois sociétés suivantes : L’Ordre du Temple, la Sororité d’Hyksos et la Loge de Thulée.

Plus inquiétant encore été les signalement multiples d’Engeances marchant désormais sur la Terre. On en recensa quatre à ce jour et il n’est pas exclu que ces phénomènes soient liés à la Sororité d’Hyksos. Les dirigeants des maisons se réunirent à huis clos pour décider ce qu’il devrait être fait pour parer à cela. Une trêve fut déclarée entre Imbolc et Lugnassad afin de gérer au mieux la crise, du moins officiellement. Beltain quand à eux ne cachaient plus leur visées impérialistes sur l’ensemble du peuple du Sidhe et posaient une réunification des Maison comme pré-requis vers une solution. Quand à Samain, la maison se faisait discrète et affirma que, si elle ne serait aucunement partie prenante des affaires guerrières, elle se tenait à la disposition de chacun pour fournir le plus de renseignement à quiconque en ferait la demande.

Le sabbat qui s’était déroulé dans le domaine de Frémont n’était au final que le reflet de ce qui s’était déroulé partout ailleurs dans la communauté du Sidhes. Les Deimons tournaient le dos aux Princes Infernaux, les Firbolgs manifestaient leur mécontentement et refusaient désormais de servir aveuglément les Thuatas et leurs cours. Le mouvement pris de l’ampleur et partout dans le monde des nobles furent dépossédés de leurs Domaines par des activistes Firbolgs bientôt rejoints par des Puck et des Épiphanes. Les regards suspicieux se tournèrent vers les Maisons Lugnassad et Samain. Le Tribunal de la Loge des Porteurs ne se réunit pourtant pas, la trêve avec Imbolc tint bon afin de contrer l’influence toujours grandissante de Beltain.

Jamais la stabilité des Maisons n’avait été aussi fragile, maintenant que les petites gens se détournaient des puissants et que Beltain menait une politique d’enrôlement agressive. Les Dragons n’étant pas en reste et sautèrent, pour la plupart, sur l’occasion afin de constituer de nouveaux groupes communautaires. Les motivations étaient multiples et certaines même, antagonistes. Certains désiraient restaurer la grandeur passée de l’Empire de Mü, d’autres ne cherchaient que l’indépendance pour eux et leur frères et soeurs, quelques uns, fort heureusement une portion congrue, pratiquaient des chasses méthodiques aux Faes. Plus inquiétant encore, certains clamaient haut et fort qu’un Bleu était revenu sur l’Abred pour venger sa lignée massacrée.

Une révolution était en action dans le monde du Sidhe, cette révolution impulsée par les Hermeski. Le syndicalisme Firbolg autonomiste s’opposait à la Maison Beltain devenue un refuge pour les Thuatas effrayés par l’éventualité de perdre leurs titres et Domaines. Au milieu de ces deux forces les Maisons Lugnassad et Imbolc faisaient face à la prise d’autonomie des Dragons. La Maison de l’Hiver menant des répressions sanglantes comme elle en avait le secret alors que la Maison d’Été cherchait à rallier à elle sous la bannière des deux lances du Destin les groupes draconiques se réclamant de l’indépendance de leur peuple, leur promettant qu’une fois les temps de troubles passés le Tribunal produirait forcément un décret favorable à la reconnaissance et à la protection du peuple Dragon. Quand à la Maison Samain elle restait discrète et œuvrait auprès des humains pour calmer le jeu international à grand renfort de pots de vin et de pressions économiques. En quatre semaines seulement le paysage social de la société du Sidhes avait vécu le plus grand renversement connu depuis les guerres arthuriennes. Beaucoup prophétisent la fin des Maisons et certains s’interrogent sur la faisabilité des sabbats si ces institutions venaient à disparaître.

Note d’intention pour l’interGN Février 1986 : interlude au noir